En matière de sexualité, ce qui semble caractérise le monde contemporain est le grand décalage existant entre l’apologie de la liberté individuelle et la consécration d’un certain nombre de nouveaux conformismes. Apparemment, chacun peut choisir toute sorte de pratique sexuelle – on peut changer de partenaire, aller dans un club échangiste, tourner des films X, se prostituer… Apparemment, tout le monde est libre. Mais à quel genre de choix avons-nous réellement accès ? Sommes-nous effectivement libres ou, sous couvert de liberté, sommes-nous soumis à une nouvelle forme de servitude ?
Dès les années soixante-dix, la féministe américaine Susan Sontag précisait : « Faire l’amour, en soi, ne libère pas les femmes. La question, c’est de savoir de quelle sexualité les femmes doivent se libérer pour la vivre bien. » Trente ans plus tard, nul besoin d’être une activiste enragée ou un dinosaure pré-soixante-huitard pour mesurer l’impasse dans laquelle nous mène le conformisme libertaire avec tout son cortège de propos « sexuellement corrects »… Les discours et les représentations médiatiques d’aujourd’hui encouragent les individus à suivre leurs envies, à rechercher leur plaisir et à promouvoir une satisfaction personnelle immédiate. La rhétorique contemporaine semble d’ailleurs parfaitement rodée : chacun doit être libre de choisir la vie qui lui convient et doit pouvoir « être soi-même ». Cependant, pour « être soi-même », il ne suffit pas tout simplement « d’être » : il faut être capable de montrer que rien ne s’oppose plus à la satisfaction de ses désirs. Ainsi le droit de disposer de son corps semblerait-t-il enfin triompher… Mais de quoi disposons-nous exactement ?
1. La libération sexuelle
En prenant au pied de la lettre les affirmations des nouveaux « experts de la sexualité », nous serions enfin passés aujourd’hui d’une morale substantielle, selon laquelle il existe des critères universels en matière de sexe, à une morale formelle, selon laquelle un acte est légitimé par son cadre contractuel, les différents partenaires étant libres de fixer ou de créer leurs propres règles et de les confirmer par le consentement mutuel. À part quelques réactionnaires – nostalgiques des anciens temps et d’une morale capable de fixer pour tout le monde les limites entre le bien et le mal, le normal et le pathologique –, tout le monde serait d’ailleurs convaincu que désormais les individus sont « libres » de vivre leur sexualité comme ils le veulent. De ce point de vue, la « libération sexuelle » aurait enfin abouti, en permettant aux uns et aux autres de ne plus être prisonniers des carcans idéologiques imposés pendant des siècles par la tradition judéo-chrétienne…
Et pourtant, la « libération sexuelle » est loin d’avoir tenu ses promesses. Non seulement, en effet, rien n’est moins sûr que la liberté consiste réellement à faire tout ce qui nous passe par la tête. Mais, surtout, cette liberté tant attendue est désormais entièrement codifiée par le marché et imposée par les moyens modernes de communication de masse. N’y a-t-il pas par ailleurs, aujourd’hui plus encore que dans le passé, une vision bien particulière de l’homme et de la femme que l’on cherche à prescrire par les discours et les représentations qui entourent la sexualité ?
Des images publicitaires aux vidéo-clips et aux dossiers de la presse-magazine, l’individu contemporain est confronté à des représentations qui renvoient toutes, d’une façon ou d’une autre, à l’idée de « plaisir », l’aptitude à « jouir sans entraves » étant présentée comme la preuve la plus évidente de la capacité d’un individu à assurer un contrôle sur sa vie et à exprimer sa liberté. Un individu serait « libre » dans la mesure où il vivrait sa sexualité « sans complexes », sans trop se soucier des jugements de valeurs des soi-disant partisans du retour à l’ordre moral. Il serait « libre », finalement, s’il était capable de s’affranchir de toute contrainte et de partir à la recherche de la « jouissance infinie ».
Mais est-on libre de ne pas se vouer à cette jouissance infinie ? Rien n’est moins sûr. Surtout si l’on prend la peine d’étudier de plus près les discours médiatiques qui entourent aujourd’hui la sexualité. Commençons alors par analyser un certain nombre d’exemples tirés de la presse et cherchons à comprendre quel est le message promu aujourd’hui par la société du spectacle. Un magazine féminin grand public, titre son dossier : « Sexe. Les filles aussi ne pensent qu’à ça ». En accompagnant le texte de photos pas très éloignées de celles de la presse masculine de « charme » — comme celle d’une jeune femme en string et nuisette transparente violette, allongée bras tendus (vers qui ?) sur un lit aux coussins orangés imprimés d’yeux et de bouches — l’auteur du dossier construit un véritable parcours initiatique pour toutes les femmes désireuses d’exprimer leurs désirs et leurs fantasmes : « Masturbez-vous sans complexes, exhibez-vous si ça vous chante, réclamez votre droit à l’orgasme quotidien ». Au bizarre mélange de discours voués à libérer les femmes et de photos ambiguës les montrant comme des « objets » sexuels, s’ajoute ainsi le contraste évident entre le titre et le contenu du dossier : si le premier renvoie à un hypothétique constat (« Les filles ne pensent qu’au sexe »), le deuxième propose en revanche une longue série d’injonctions (« Masturbez-vous ! », « Exhibez-vous ! », « Réclamez ! »). Au point qu’on peut se demander quel est le véritable but du dossier. Est-ce que les filles ne « pensent qu’à ça » ou est-ce qu’elles doivent ne « penser qu’à ça » ? Qu’arrive-t-il à celle qui pense à autre chose ? Est-elle « anormale » ou doit-elle tout simplement se laisser guider par ceux qui savent comment devenir une « femme libérée » ?
Un autre magazine, cette fois destiné aux adolescentes, propose à ses lectrices un test pour ensuite les classer dans trois catégories : la super extra-salope — « C’est bien, tu vas peut-être un peu loin, mais tu as de l’humour ; la salope normale — « Tu es fille de ton temps, moderne, c’est bien : tu as des aventures et un peu de sentiment, mais tu ne te laisserais pas avoir par ton mec s’il faisait la même chose » ; la ringarde — « Le dinosaure pré soixante-huitard comme il en existe encore ». Dans un autre numéro, le même magazine propose une « Guide de la fille sexuellement moderne » et se concentre sur l’éloge de la masturbation, des sex-shops pour femmes et des fantasmes du sexe à partenaires multiples.
Sous l’apparence de l’ouverture d’esprits, certains « experts » se posent de plus en plus en nouveaux moralistes, en départageant le bien et le mal selon leurs propres fantasmes… Certes, longtemps les femmes ont souffert du modèle « bonne-mère-au-foyer » et n’ont même pas pu s’interroger sur leurs propres désirs… Mais de là à prétendre que le sexe à partenaires multiple est la panacée et que celles qui ne l’acceptent pas mettent en danger la liberté sexuelle de toutes les autres femmes, il y a une grande différence ! Personne n’empêche d’ailleurs qui que ce soit de fréquenter les sex-shops pour femmes ou de participer à des partouses, mais faire de tout cela la règle d’or pour être une « fille moderne » c’est justement transformer la liberté des unes en obligation pour les autres… surtout lorsque les lectrices sont encore des adolescentes.
Mais le comble est atteint dans un autre magazine grand public, qui propose un courrier des lecteurs assez particulier. Ces derniers peuvent tout demander, car la femme qui est là et qui reçoit leurs lettres « a réponse à tout »… C’est ainsi qu’un jeune homme confesse le besoin de « se branler », « deux ou trois fois par jour, sinon je ne me sens pas bien » en ajoutant qu’il a une « envie folle » de se masturber en public devant des femmes. C’est ainsi qu’une jeune femme raconte qu’elle n’arrête pas d’avoir « des propositions de partouzes » car « tous les hommes que je fréquente ne pensent qu’à ça » et qu’elle commence à être « un peu tentée » par l’expérience. C’est ainsi, finalement, qu’un autre lecteur écrit avoir vu une scène dans un film porno « dans laquelle une femme versait de la cire de bougie brûlante sur le dos d’un homme » et que cette scène l’a beaucoup excité. « Puis-je le demander à ma petite amie ? » — conclut-il finalement sa lettre.
Les détails changent, certes. Chacun cherche un conseil, une suggestion, une permission, voire même un « ordre » à suivre. Comment se débrouille alors celle qui est censée tout savoir ? Essaie-t-elle, à son tour, de questionner la nature de ces envies et de renvoyer chacun à son désir ? En fait, les réponses données aux lecteurs sont, non seulement explicites, mais aussi normatives : à chaque fois, le conseil ou la suggestion revêtent le caractère d’injonction, même si la forme hypothétique du genre : « Si tu veux…, alors tu dois ». C’est ainsi que, une fois payé le tribut au droit positif en soulignant de façon politiquement correcte que la loi ne « permet pas » la masturbation en public, et une fois remarqué que « les hommes sont influençables et que s’ils entendent parler de partouzes, alors ils pensent que c’est tendance », notre directrice de conscience peut enfin délivrer sa leçon de morale. « Puisque tu es un peu tentée, propose à ton mec une soirée avec un de ses copains – écrit-elle à la jeune femme un peu paumée qui lui demande que faire face aux multiples propositions de partouzes. Et s’il dit oui… tu risques d’en redemander. » « Si elle est un peu branchée, ta copine devrait être interpellée par ton fantasme et apprécier de te voir gémir de peur et de plaisir dans l’atteinte de la cire chaude » — répond-elle sans gêne au jeune homme qui lui parle de films pornographiques. À chaque fois, après avoir commencé par des propos assez généraux visant à montrer sa grande sensibilité et son écoute attentive, l’experte en questions sexuelles « suggère » ce qu’il faut faire afin d’être bien évalué par la société contemporaine.
Lorsqu’on est tenté, il « faut » y aller. Car, passées les premières réticences, ensuite on « s’habitue ». Si l’on est branché, on ne peut qu’apprécier. Si l’on est libre, on ne peut que le faire. Mais pourquoi faudrait-il « s’habituer » ? S’agit-il d’un médicament prescrit par notre médecin et qu’il faut prendre en dépit de ses effets secondaires ? Pourquoi la liberté entraînerait-elle la nécessité de se conformer à certaines pratiques ? Ne sommes-nous pas confrontés à une nouvelle morale sexuelle qui envahit l’espace public et l’espace privé et qui passe du « tu ne dois pas » du passé au « tu dois » du présent ? « Bien qu’elle vise à susciter, à provoquer, à être le désir, ses méthodes sont au fond assez proches de celles qui caractérisaient l’ancienne morale – remarque à juste titre Michel Houellebecq dans son recueil de 1998 Interventions. Elle met en place un Surmoi terrifiant et dur, beaucoup plus impitoyable qu’aucun impératif ayant jamais existé, qui se colle à la peau de l’individu et lui répète sans cesse : Tu dois désirer. Tu dois être désirable… » D’autant que celui ou celle qui ose juger cette morale contemporaine contraignante, est qualifié de représentant, comme l’écrit John B. Root sur son blog, « d’un ordre moral d’autant plus pervers qu’il se dissimule sous les habits du féminisme et des droits de l’homme ». Mais de quel côté gît réellement l’ordre contraignant ? Qui est réellement libre ?
2. La nouvelle soumission
Bien sûr, ces exemples sont des cas limites. Tous les journaux féminins n’imposent pas à leurs lecteurs de jouir à longueur de colonne, ni de se forcer à une sexualité de l’extrême. Mais ils témoignent d’une évolution des valeurs dominantes. L’accès aux informations et aux plaisirs est de plus en plus revendiqué comme un droit : le droit de savoir, de choisir, de jouir… Les représentations les plus répandues de la sexualité ne font que renforcer toujours le même message : rien n’est interdit, tout est possible. Pour ensuite glisser automatiquement du « tout est possible », au « tout doit être possible », du « tout est réalisable », au « tout doit être réalisable », du « rien n’est interdit » au « tout est obligatoire »…
En dépit de la liberté que l’on prône, le discours ambiant culpabilise tous ceux dont la jouissance ne paraît pas conforme à ses critères. Et cela, sans prise en compte de ce que chacun éprouve ou désire réellement. Au point que les modèles d’hommes et de femmes sexuellement libres qui nous sont proposés ressemblent étrangement aux « esclaves » dont nous parlait déjà Étienne de la Boétie dans son chef-d’œuvre Le Discours de la servitude volontaire. Un exemple paradigmatique : Catherine Millet, auteur en 2001 du best-seller La Vie sexuelle de Catherine M. (2001). Salué au moment de sa sortie comme le récit d’une femme enfin libre – après des siècles de consommation masculine, enfin une femme qui consomme les hommes ! – et comme un modèle pour toute ménagère en quête de plaisir, le roman raconte l’histoire de l’activité sexuelle de Catherine M. selon le « nombre », l’« espace », l’« espace replié » et les « détails » et montre très bien les paradoxes de la libération de la femme. En effet, cette femme libre de disposer de son corps et de sa sexualité, se remet constamment « aux relations des uns et des autres » et préfère ne pas s’interroger sur ses désirs : « D’ailleurs, avoir des relations sexuelles et éprouver du désir étaient presque deux activités séparées. » Et ce n’est pas tout, car, après avoir insisté sur le découplage entre sexualité et désir, quelques pages plus loin elle ajoute : « Je suis docile non par goût de la soumission, car je n’ai jamais cherché à me mettre dans une position masochiste, mais par indifférence, au fond, à l’usage qu’on fait des corps. » Mais comment cette femme peut-elle être indifférente à l’usage que l’on fait d’elle ? Que signifie pour elle être « docile » ? Devant autrui, elle s’aveugle et n’est plus qu’un corps/chose : « Alors que les images ont un rôle tellement dominant dans ma vie, alors que l’œil me guide plus que tout autre organe, dans l’acte sexuel, tout au contraire, je m’aveugle […], écrit-elle un peu plus loin. Les sorties nocturnes et le fait d’être entourée, portée, pénétrée par des ombres m’allaient bien » . Mais pourquoi s’aveugle-t-elle et ne se soucie-t-elle pas d’être entourée et pénétrée par des ombres ?
Lorsque La Boétie aborde le problème des liens possibles entre « liberté » et « soumission »,
il explique que si l’on accepte de se soumettre, c’est forcément qu’on n’a jamais connu autre
chose que la servitude, et qu’on n’imagine même pas la possibilité de vivre différemment :
« Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant,
se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent avoir d’autres biens ni d’autres droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance. » Personne
ne peut d’ailleurs regretter ce qu’on n’a pas connu. Personne ne peut imaginer qu’il peut vivre libre, s’il s’est habitué à son état de servitude. Ainsi, pour La Boétie, la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. Est-ce que c’est encore l’habitude qui peut nous aider à expliquer l’attitude de docilité et d’indifférence de Catherine M. ? Et, si c’est le cas, pourquoi cette volonté
de la part d’un certain milieu intellectuel de voir en elle un modèle de liberté sexuelle ?
Comme une boulimique se laisse entraîner dans la consommation d’une quantité énorme de nourriture sans plus savoir ce qu’elle mange, aveuglée par la frénésie, Catherine M. semble se
laisser entraîner dans la consommation des hommes et d’elle-même. Comme une boulimique, après avoir avalé frénétiquement la nourriture, semble être obligée de tout vomir, en effaçant les
hommes qu’elle « dévore » et en oubliant tout de suite après le rapport sexuel leur nom et leur visage : « Dans les plus vastes partouzes auxquelles j’ai participé […] il pouvait se trouver
jusqu’à cent cinquante personnes environ, parmi lesquelles on peut en compter environ un quart
ou un cinquième dont je prenais le sexe selon toutes les modalités […] Aujourd’hui, je suis capable de comptabiliser quarante-neuf hommes […], mais je ne peux chiffrer ceux qui se confondent dans l’anonymat. »
La seule « liberté » dont semble disposer Catherine M. c’est la liberté d’aliéner son corps. Mais aliéner son corps signifie aliéner sa personne, car ce qu’on « fait » au corps, on le fait directement à soi-même, le corps étant ce qui permet à chacun d’être au monde et de rencontrer les autres. Pour soutenir le contraire, il faudrait épouser une conception purement artificielle de l’individu qui le qualifierait d’esprit désincarné, doté d’un corps qui serait un attribut contingent. Mais ce type de position s’oppose à l’expérience que chacun a de son vécu corporel. Chaque personne existe dans le monde en tant qu’être charnel parmi d’autres êtres charnels. Chacun est structuré par la différence des relations qu’il entretient simultanément avec lui-même et les autres. Et toute relation ne peut passer que par le corps, ne se produire même que par le corps.
Au-delà alors de la rhétorique contemporaine selon laquelle Catherine M. est le modèle même d’une femme libre et capable enfin de décider comme elle le souhaite de la vie qu’elle entend mener, ce qui ressort de son récit est plutôt l’image d’une femme qui prend ses distances d’avec son corps, qui se laisse traîner par les désirs des autres, qui n’arrive même plus à s’interroger sur son propre désir et qui, en se laissant consommer et en consommant, ne fait que se soumettre à la logique d’une pensée économique et libérale qui transforme chaque être humain en marchandise à la libre disposition d’autres consommateurs. Sous couvert de liberté, c’est la morale marchande qui s’impose et qui prétend libérer tout en renfermant à l’intérieur d’un monde où tous les individus sont esclaves du marché. De ce point de vue, l’anonymat dont Catherine Millet nous parle, semble faire écho à l’anonymat auquel beaucoup d’individus se sentent aujourd’hui condamnés ; la multiplicité des partenaires semble renvoyer à la recherche d’un plaisir décuplé pour y faire face. On multiplie les partenaires pour oublier sa solitude dans un monde désenchanté. La consommation de l’autre, enfin, semble être une traduction sexuelle de la logique marchande contemporaine qui réduit tout à des objets d’échange. Comme l’écrit Nelly Arcan, une ex-prostituée qui raconte dans un récit autobiographique très émouvant son expérience de « femme libérée », lorsqu’on rentre dans un circuit de consommation, plus personne ne garde sa spécificité et son humanité : « Il est difficile de penser les clients un par un car ils sont trop nombreux, trop semblables, ils sont comme leurs commentaires sur Internet, indiscernables dans la série de leurs aboiements où reviennent les mêmes exclamations baveuses…, je perds déjà trop de temps à les faire jouir et ça ne sert à rien, qu’à les confondre un peu plus et qu’à me donner la nausée, je préfère croire qu’il s’agit toujours du même homme, d’une même figure d’homme sans origine ni avenir, apparu là derrière la porte et sorti de nulle part… Pierre, Jean et Jacques, des noms usés d’hommes sans importance, infiniment interchangeables comme les putains qu’ils fréquentent…. »
3. Utilité et marchandisation
La valorisation contemporaine de la liberté sexuelle s’accompagne ainsi d’une nouvelle norme : celle de « librement » poursuivre son plaisir. Comme l’avait remarqué Herbert Marcuse déjà à la fin des années soixante : « La société industrielle avancée opère avec un plus grand degré de liberté sexuelle – opère dans le sens où cette liberté devient une valeur marchande et un élément des mœurs sociales […]. Le plaisir sous cette forme engendre la soumission. » Comme tout autre objet de consommation, le sexe aussi est soumis uniquement aux lois du libéralisme marchand et aux règles de la flexibilité économique. Mais le désir sexuel, lui, ne s’achète ni ne se vend. Peut-on alors réellement réduire la sexualité à un objet parmi d’autres ?
« Les marchandises sont des choses et, conséquemment, n’opposent à l’homme aucune résistance – écrivait Marx en 1867. Si elles manquent de bonne volonté, il peut employer la force, en d’autres termes s’en emparer. » Qu’arrive-t-il, cependant, lorsque l’homme lui-même devient une marchandise ? N’oppose-t-il jamais aucune résistance, comme les choses ? Sommes-nous sûrs que le capitalisme puisse produire et échanger quelque chose d’autre que de simples moyens et de purs outils ? En prétendant réduire la sexualité à une marchandise et nous convaincre qu’on peut l’acheter avec son cortège de plaisir et de bonheur, ce système n’est-il pas en train de leurrer des millions d’individus ?
Il faut, sur ce point précis, et sans aucune nostalgie marxiste, revenir aux analyses encore actuelles de l’auteur du Capital. Marx avait été très attentif aux évolutions des sociétés occidentales et avait cerné les problèmes découlant d’une conception purement économique de l’homme. Dans son fameux essai de 1847, Misère de la philosophie, il écrivait : « Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange, de trafic et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées mais jamais échangées ; données mais jamais vendues ; acquises mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc. – où tout enfin passa dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d’économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, était devenue valeur vénale, est porté au marché. » S’il était témoin de la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui les hommes, Marx ne serait pas déçu ! Plus encore qu’hier – bien que de façon différente –, tout semble avoir un prix et être évalué uniquement en fonction de sa valeur d’utilisation et de sa valeur d’échange. Si l’émancipation des mœurs en 1968 fut une chance, l’obligation contemporaine de désirer ce que le capitalisme érige en paradigme social mène progressivement à une forme d’aliénation individuelle et collective.
Les rapports entre les hommes sont désormais cachés et occultés par les rapports entre les choses ou, pour le dire autrement, ils ne font que singer les rapports entre les choses, par l’assujettissement progressif de chacun au mécanisme : envie/satisfaction de l’envie/nouvelle envie, et ainsi de suite ; quand il ne tourne pas à un cauchemar du genre : envie/impossibilité de la satisfaire/frustration.
Pour analyser le fonctionnement du système, il suffit d’ailleurs de parcourir le champ sémantique aujourd’hui employé lorsqu’on se réfère aux relations humaines, et qui n’est guère différent de celui appliqué aux choses : accumulation, besoin, consommation, demande, échange, intérêt, prix, profit, utilité… C’est, en fait, l’histoire du Père Noël qui se répète de façon constante, en dépit du fait que les individus ne sont pas des éternels enfants. De même que les parents cherchent à persuader leurs bambins qu’ils doivent être respectueux et dociles pour que le Père Noël leur apporte des cadeaux, le nouveau système marchand cherche à nous persuader tous qu’en étant dociles, c’est-à-dire en nous montrant aujourd’hui des individus libérés qui consomment bien et qui pensent pouvoir tout acheter et vendre, nous pourrons enfin obtenir nos cadeaux : le succès, le pouvoir, le bonheur, voire l’amour… Malheureusement, dans le cas de la marchandisation du sexe, le cadeau-félicité n’arrive jamais… C’est à la thématique latente de la gratification, que l’individu est sensible, mais dans le cas de la libéralisation de la sexualité, la gratification n’existe pas, parce que nous ne pouvons pas nous consommer réciproquement sans en payer le prix à un moment ou à un autre de notre existence.
Vers la fin du XVIIIe siècle, Emmanuel Kant bâtissait une large partie de son système sur la distinction entre « ce qui a un prix » (les choses) et « ce qui a de la dignité » (les personnes). Dans Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), Kant oppose en effet la valeur spéciale de la « dignité », une sorte de valeur invariable attribuée aux personnes, à la valeur ordinaire du « prix » qui est, en revanche, la valeur fluctuante attribuée aux objets matériels et aux projets utiles. Ce qui a comme conséquence, d’une part, l’indépendance de la dignité d’une personne, non seulement de son statut social et sa popularité, mais aussi de son utilité et, d’autre part, l’impossibilité de comparer la dignité de l’une et la dignité de l’autre. À la différence des objets – objets dont le prix peut bien varier en fonction de leur utilité et des fluctuations du marché –, les personnes n’ont pas de prix et leur dignité est « incomparable ». À la différence des choses qui, ayant un prix quantifiable, sont toujours remplaçables, les personnes ont une dignité « supérieure à tout prix » et jamais « quantifiable ». D’où leur irremplaçabilité. D’où encore l’impossibilité de les utiliser uniquement afin d’en retirer du plaisir.
Poussée à ses extrêmes, la position de Kant reste problématique à bien d’égards. On ne peut par exemple faire semblant d’oublier ses propos rigides à propos de la sexualité. À plusieurs reprises, le philosophe insiste sur le fait que le mariage est, pour l’homme et pour la femme, le seul moyen de jouir réciproquement l’un de l’autre sans se dégrader. Kant se rabat ainsi sur la solution juridique du mariage, et donc sur un contrat qui engage formellement les deux parties, mais qui ne nous dit rien à propos de la nature du lien sexuel ou du statut du corps désirant et du corps désiré. Mais si l’on laisse de côté ces aspects extrêmes de sa position, et si l’on se limite à ses remarques plus générales sur la différence entre « prix » et « dignité », on découvre que le philosophe allemand nous offre effectivement une piste pour raisonner sur la réduction de la sexualité à un simple objet de marché. Car c’est justement cette différence entre les choses et les personnes qui permet de donner une large place à la liberté, les individus pouvant être libres dans la mesure où ils n’acceptent pas d’être réduits à des simples choses.
L’analyse en détail du système contemporain, qui fait du sexe une marchandise parmi d’autres,
mène aux paradoxes et aux impasses. Paradoxes d’un monde marchand qui voudrait défendre et promouvoir la liberté et qui n’arrive qu’à l’effacer… Paradoxes d’un système libertaire qui arrive
à utiliser le mythe de la libération de la sexualité pour la réduire à un élément du libéralisme économique.
4. Du désir au besoin
L’une des questions fondamentales posées par la réduction du sexe à un objet de consommation est la confusion entre les désirs, les pulsions et les besoins. Parfois volontairement, parfois par ignorance, les partisans des doctrines libertaires ne distinguent pas ces notions. Il est pourtant essentiel de bien savoir les différencier pour comprendre la nouvelle servitude sexuelle. Au-delà en effet de la rhétorique qui insiste sur la nécessité, pour chacun, d’être enfin libre de satisfaire ses désirs, ce qu’on remarque c’est plutôt l’épuisement du désir, celui-ci ayant été progressivement avalé par les besoins et les pulsions. On part à la chasse, on cherche à prendre, on veut satisfaire… C’est un peu comme si l’objet de désir, au fond, n’était qu’un objet à consommer en cas de besoin ou d’envie, un peu comme un morceau de pain ou un verre d’eau. « Boire un verre d’eau à deux » est d’ailleurs l’illusion de la féministe soviétique Alexandra Kollontaï (1972-1952), à propos de la sexualité. Avec les mêmes conséquences qu’on constate au niveau de la nourriture et des boissons : à l’intérieur du système capitaliste et de sa logique de marché, ce n’est plus l’individu qui va vers la nourriture lorsqu’il a faim, mais c’est la nourriture qui va vers lui, indépendamment de sa faim : il en sort « gavé »…
On assiste ainsi à une sorte de renversement de l’ordre habituel des besoins et de leur satisfaction. De la dynamique : besoin/satisfaction plus ou moins totale du besoin, on passe progressivement à une dynamique : induction du besoin/besoin/satisfaction immédiate du besoin. Avec, pour conséquence, la perte de tout désir.
Le désir ne surgit qu’à partir du moment où la satisfaction n’est pas immédiate, ou totale. Il émerge lorsque la « demande » de quelque chose, comme l’écrit Lacan, ne se réduit pas à l’assouvissement d’un simple « besoin ». Il surgit à partir du moment où l’on se rend compte que la demande reste au-delà de la satisfaction du besoin, et qu’il y a encore quelque chose qui reste à désirer. Et il persiste uniquement si son « objet » n’est pas entièrement « consommé » : l’objet du désir cesse d’être désirable dès qu’on le possède complètement, dès qu’on s’en empare ; à l’égard de l’objet du désir on ne peut qu’être dans la proximité, on ne peut que s’en approcher.
Qu’arrive-t-il, alors, lorsque l’objet du désir se réduit à un objet du besoin, qu’il est consommable et que, de surcroît, c’est la pression de l’extérieur qui le rend appétissant ? Aujourd’hui, c’est d’ailleurs l’objet qui s’offre au regard et à l’envie, et qui, par là, impose sa nécessité. On croit être dans la maîtrise des objets, mais, au fond, on en est devenu esclave : on va vers l’objet avant même que le désir puisse surgir ; on le consomme ; on le rejette tout de suite après, car l’absence de désir dénoue de sens la consommation. Le besoin est aussitôt oublié, comme il a été aussitôt assouvi. L’homme part à la recherche d’un nouvel objet, de nouvelles illusions de désir…
Les questions de l’objet, du besoin, de la demande et du désir sont centrales dans la vie de chaque individu. C’est au moment de l’enfance qu’on découvre pour la première fois l’existence de « l’objet » et que l’on cherche à construire avec lui une « relation », les premiers objets auxquels le nourrisson est confronté étant la mère, le sein et le lait. C’est à partir de là, que l’enfant expérimente la dépendance, l’assouvissement et la frustration et qu’il peut apprendre à ajuster sa relation à l’objet. Si ses cris sont immédiatement entendus et satisfaits, l’enfant risque de ne jamais avoir accès au désir, car celui-ci ne se manifeste que s’il existe un écart entre la perception des besoins et leur satisfaction. Si, au contraire, il est systématiquement frustré dans ses besoins, l’enfant est non seulement mis dans l’impossibilité d’intégrer l’image d’une mère suffisamment bonne – et privé ainsi du support psychique qui lui faut –, mais il se trouve aussi dans une telle frustration, qu’il ne peut même pas arriver à éprouver du désir.
Or, dans une société consumériste qui fait de la consommation des objets le but ultime de leur circulation, le désir est complètement effacé avant même de pouvoir surgir. La tendance à proposer tout le temps des objets capables d’assouvir immédiatement les besoins – voire même de proposer des objets avant même que naissent les besoins – empêche l’individu d’éprouver, comme face à l’insatisfaction partiale de ses besoins, toute forme de désir.
C’est, d’un certain point de vue, la situation que décrit dans Le meilleur des mondes, Aldous Huxley. Dans ce monde quasi-parfait, en effet, les habitants ont tous une liberté très particulière : ils peuvent obtenir tout ce qu’ils désirent, mais ce qu’ils désirent est déterminé par l’État. Ils sont tous nés dans le Centre d’Incubation d’État et ils sont tous éduqués dans le Centre de Conditionnement à travers des messages répétés plusieurs fois pendant le sommeil. Afin d’assurer la stabilité sociale, le pouvoir étatique contrôle complètement leur vie et leurs émotions : leur esprit est constitué par des choses suggérées de l’extérieur et « toutes ces choses suggérées, ce sont celles que suggère l’État. » Lorsque quelqu’un désire quelque chose, celle-ci se réalise immédiatement, sans que personne soit obligé de passer par une délibération concernant l’objet de son désir ou les moyens nécessaires pour le satisfaire. Et cela, dès le début de la vie, dès que l’enfant naît et qu’il a faim ou soif : « Le bébé hurle : immédiatement, une infirmière paraît avec un biberon de sécrétion externe. Le sentiment est aux aguets pendant cet intervalle de temps qui sépare le désir de la satisfaction. Réduisez cet intervalle, abattez tous ces vieux barrages inutiles. Heureux jeunes gens ! dit L’Administrateur. Nulle peine n’a été épargnée pour rendre votre vie facile, pour vous préserver, pour autant que la chose soit possible, de ressentir même des émotions. »
Sous l’apparence d’une grande magnanimité, l’État de ce Meilleur des mondes, empêche les habitants non seulement de souffrir, lorsqu’un désir n’est pas du tout satisfait, mais aussi et surtout de désirer et de comprendre ce qu’est un désir en les préservant de toutes les émotions. Il les manipule et les réduit donc au silence – le silence des passions ; un silence qui fait, certes, qu’ils ne se débattent jamais et qu’ils ne souffrent pas, mais qui en même temps les dépersonnalise et les réduits à des simples pions d’un système oppressant et inhumain. Les habitants de ce monde « utopique » ne connaissent pas la complexité du désir, l’insatisfaction devant cette « bête multiforme et polycéphale », comme le dit Platon. Ils n’ont pas la possibilité de se confronter avec des envies contradictoires. Ils ne peuvent expérimenter ni l’impossibilité de satisfaire leurs désirs, ni l’impuissance devant leurs émotions. Ils sont conformes et uniformes. Mais leur uniformité est incompatible avec toute forme de liberté et les transforme progressivement en automates. Leurs procédures de délibération sont inhibées par un conditionnement « neo-pavlovien » et par une « éducation morale qui ne doit jamais, en aucune circonstance, être rationnelle ». Leurs actions sont toujours déterminées et leur conduite suit la programmation à laquelle ils ont été tous soumis. Au fond, ils ne sont pas soumis, comme dans 1984 d’Orwell, à un système totalitaire, mais à un système déshumanisé, où désir est banni, parce que trop humain.
Comme l’écrira Huxley lui-même en 1958, dans son bref essai de commentaire sur son chef-d’œuvre, Retour au meilleur du monde : « Il est devenu évident que le contrôle par répression des attitudes non conformes est moins efficace, au bout du compte, que le contrôle par renforcement des attitudes satisfaisantes au moyen de récompenses et que, dans l’ensemble, la terreur en tant que procédé de gouvernement rend moins bien que la manipulation non violente du milieu, des pensées et des sentiments de l’individu. » La terreur est moins efficace que la manipulation non violente des sentiments. C’est la grande leçon d’Huxley.
Si nous revenons maintenant à notre monde réel, nous pouvons reprendre à notre compte un certain nombre des caractéristiques dont Huxley nous parle pour décrire le meilleur des mondes. En effet, dans notre monde de consommation, les choix des individus sont aussi organisés, à leur insu, par un marché qui organise et célèbre la « dévoration » des objets et qui, par là, tend à satisfaire immédiatement chaque besoin et à rendre impossible le surgissement du désir. Mais cette aliénation se fait sans violence, sans terreur, à l’intérieur de cette idéologie marchande. Dans le jeu des pulsions et des frustrations qu’elle suscite en permanence, avec son système de contraintes et de préjugés, de violence sous-jacente et de domination.
5. Finissons-en avec cette imposture de la liberté…
Le véritable paradoxe contemporain est là : tout en prônant la liberté individuelle, on qualifie comme « libres » uniquement ceux qui semblent épouser parfaitement les valeurs marchandes de la consommation, de l’utilisation, du profit, de l’instrumentalisation, du mépris, du succès.
Finissons-en alors avec cette imposture de la liberté, car la liberté tant exaltée par les discours des libertaires n’est qu’un leurre… Pour être libre, on devrait pouvoir vivre la sexualité que l’on choisit, et la choisir réellement, sans être soumis à des règles imposées de l’extérieur, à des stéréotypes pornographiques, à des exigences et des envies qui ne nous appartiennent pas. Pour pouvoir être libres, il faudrait que les hommes et les femmes puissent assumer leurs désirs et sortir des schémas préfabriqués. Pour être libre, il faudrait pouvoir choisir entre des discours divers, des positions variés… Mais aujourd’hui tout cela n’existe pas. Plus ou pas encore… Car ceux qui n’acceptent pas de choisir librement les règles sociales et du marché, encourent encore et toujours les sanctions. Le choix est donc tout à fait illusoire, car il faut librement se plier à la logique du monde contemporain.
1 Voir, par exemple, Daniel Borrillo, « La liberté érotique et l’exception sexuelle », in Daniel Borrillo, Danièle Lochak, La Liberté sexuelle, Paris, PUF, 2005, pp. 38-63 ; Ruwen Ogien, La Panique morale, Paris, Grasset, 2004.
2 Exemple cité par Richard Poulin, La Mondialisation du sexe, Paris, Imago, 2005, p. 126.
3 É. de La Boétie, Le Discours de la servitude volontaire, Paris, Payot, 1976.
4 C. Millet, La Vie sexuelle de Catherine M., Paris, Édition du Seuil, 2001, p. 120.
5 Ibid., p. 203. Voir aussi le roman de Virginie Despentes Baise-Moi. Après le viol de Manu et de Karla, Karla demande à Manu comment elle a pu se « laisser faire ». Manu ne répond pas toute de suite. Puis, tranquillement, elle répond : « Après ça, moi je trouve ça chouette de respirer. On est encore vivantes, j’adore ça. – Comment tu peux dire ça ?, la questionne alors Karla. Je peux dire ça parce que j’en ai rien à foutre de leurs pauvres bites de branleurs et que j’en ai pris d’autres dans le ventre et que je les emmerde. C’est comme une voiture que tu gares dans une cité, tu laisses pas des trucs de valeurs à l’intérieur parce que tu peux pas empêcher qu’elle soit forcée. Ma chatte, je peux pas empêcher les connards d’y rentrer et j’y ai rien laissé de précieux. » Virginie Despentes, Baises-moi, Paris, Grasset, 1999, pp. 56-57.
6 C. Millet, La vie sexuelle de Catherine M., op. cit., p. 160.
7 Ibid., p. 18.
8 Pour une analyse approfondie de ce point : M. Marzano, Philosophie du corps, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2007 ; (dir.), Le Dictionnaire du corps, Paris, PUF, 2007.
9 N. Arcan, Putain, Paris, Éditions du Seuil, 2001, p. 60.
10 Ibid., p. 121.
11 Herbert Marcuse, L’Homme unidimensionnel, Paris, Édition du Seuil, 1968, p. 108.
12 Karl Marx, Le Capital (1867) I, Paris, Éditions sociales, p. 95.
13 Karl Marx, Misère de la philosophie (1847), Paris, Éditions sociales, 1972, p. 64.
14 Pour Kant, la nature du désir sexuel est de nous entraîner dans l’animalité et dans la dégradation : le désir n’est qu’un appétit ; l’objet sexuel, en tant qu’objet d’appétit, n’a aucune caractéristique personnelle et morale. Comme il le précise dans les Leçons d’Éthique : « L’inclination qu’a un homme pour une femme n’est pas dirigée vers elle parce qu’elle est un être humain, mais parce qu’elle est une femme ; le fait qu’elle soit aussi un être humain le laisse indifférent ; seul son sexe est l’objet de son désir. » Emmanuel Kant, Leçons d’Ethique (1775-1780), Paris, Éditions de Poche, 1997, p. 291.
15 À ce propos, je me permets de renvoyer à mon ouvrage : La Pornographie ou l’épuisement du désir, Paris, Buchet/Chastel, 2003.
16 La notion d’objet est envisagée en psychanalyse, à la fois, en tant que corrélatif de la pulsion, et en tant que corrélatif de l’amour ou de la haine. Dans le premier cas, il est ce en quoi et par quoi la pulsion cherche à atteindre son but, c’est-à-dire sa satisfaction et il peut donc s’agir d’une personne ou d’une chose, de quelque chose de réel ou de quelque chose de fantasmatique. Dans le second cas, l’objet est plutôt une personne, même si cette personne peut être réelle ou idéale.
17 L’expression « relation d’objet » est employée en psychanalyse, surtout à partir des années 30, pour désigner le mode de relation du sujet avec son monde, relation qui est toujours le résultat complexe d’une certaine organisation de sa personnalité.
18 Aldous Huxley, Le Meilleurs des mondes (1932), Paris, Plon, 1977, p. 47.
19 Ibid., p. 62.
20 Platon, République, in Œuvres complètes, Paris, Les Belles Lettres, VII, 2e partie, 1964, 588 c.
21 Aldous Huxley, Retour au meilleurs des mondes (1958), Paris, Plon, 1978, p. 11.